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Bulle carbone, bulle pontificiale, bulle d’hypers, tout ça en trottinette !

Allez, hop, la quatrième nexlstter ! Du CO2, du pape, de la trottinette, du gaz, d ela navigatrice, du ministre, des hypers et du retraité !
Derniers ouvrages parus : La Fin du tout-voiture | Actes SudNucléaire – Frédéric Denhez | Delachaux Et Niestlé)

Hulot visité par l’extase, et nous par l’effroi

C’est consternant (Le Monde) : Nicolas Hulot, homme estimable s’il en est, en est aujourd’hui à baiser la pantoufle du pape et du pope, en attendant celles de l’imam et du rabbin, pour espérer provoquer l’indispensable sursaut qui évitera à l’humanité de sombrer dans le chaos climatique. Lui qui connaît tout le monde, qui a l’oreille des importants, en est arrivé là. C’est dire si d’avoir l’oreille des décideurs est utile.

Quel aveu d’échec ! Quel constat accablant !

En être à demander à l’irrationnel d’intervenir pour faire entendre raison aux laïcs qui nous gouvernent… et ce au moment où les culs-bénits, les royalistes et les réactionnaires manifestent violemment pour qu’enfin la France revienne dans l’ordre sacré judéo-chrétien de la famille.

Dans notre société très éduquée, cultivée, technoscientifique, ultrarationaliste ; la science, le bon sens, l’intuition, le sens de l’intérêt général, les faits, ne suffisent donc plus. Il faut en appeler aux racines chrétiennes. Les Français se cherchent depuis des années dans une civilisation qui ne croît plus en rien d’autre qu’acheter et n’envisage l’avenir qu’à coups de crédit. Ils meublent le vide en achetant, en faisant des crédits, en râlant, en confiant leur âme meurtrie à des extrêmes. Ils cherchent simplement à croire encore en quelque grandeur. Hulot leur propose la Grandeur, à défaut de la Nation vidée de son sens symbolique.

Nicolas Hulot, s’allant baiser les pantoufles, a vidé les simples humanistes de leur foi en la raison.

Mais peut-on donner lui tort ! ? Après tout, ses copains écolos tapent depuis des années sur la Nation, réputée archaïque, raciste, inutile et fondamentalement oppressante. Alors, pourquoi pas l’Église…

CO2 et Euro, deux monnaies uniques, deux échecs

Comme je l’ai précédemment démontré dans un livre génial qu’un odieux complot médiatique n’a pas fait connaître au public le plus immense (La Dictature du carbone, Fayard, 2011), le carbone est non seulement le nouveau PIB, indicateur dictateur monomaniaque, il est aussi une nouvelle monnaie. C’est l’euro, sous une forme évanescente. Devant lequel l’essentiel des cerveaux français se prosterne. Un genou posé face à chaque icône, les rhumatismes menacent.

Le CO2, une monnaie ?

Oui, car il s’échange au sein d’un marché parfaitement inefficace, très complexe, perclus de chausse-trappes, perverti qu’il est par l’idée que tout se compte et se mesure, affligé par la tare de naissance d’une allocation trop généreuses de quotas à des pays (de l’Est) souffreteux et des industries lourdes fragiles face aux fluctuations économiques et agitant chaque matin la menace de la délocalisation,

Aujourd’hui, après l’effondrement des pays de l’est et la crise, les émissions ont assez baissé pour que le marché soit gavé de quotas invendus qui tirent les prix vers le ridicule. Du coup, il faudrait que les prix remontent sérieusement pour que les industries soient incités à faire des efforts d’efficacité énergétique. Mais pour que ces prix remontent, il faudrait aussi que le nombre de quotas baisse, et donc que beaucoup de quotas soient achetés… par des industries qui émettraient trop !

Conclusion : avec le marché du carbone, pour espérer moins émettre demain, il faut plus émettre aujourd’hui. La valeur de la monnaie-carbone dépend de sa rareté. Il ne faut pas d’inflation !

Le CO2 est une monnaie, également parce que les systèmes de compensation l’ont transformé en ligne comptable. « J’émets trop, je finance un four à bois au Bénin, ça m’avale des quotas qui sont déduits de mon passif ». Et cela je peux le faire car l’ONU estime que le CO2 est le même partout, vu qu’il est partout. Or, le CO2 émis au Bénin revient plus cher qu’en Europe, car l’énergie est pus chère en Afrique que chez nous. Les systèmes économiques et culturels ne sont pas partout les mêmes. De même que les pays européens n’étaient pas tous les mêmes quand ils se sont imposés l’Euro. Le coût de l’argent est plus élevé dans le sud de l’Europe qu’en Allemagne. Comme celui du CO2 à l’échelle du monde.

Nouveaux étalons or, CO2 et Euro ont été contaminés dans leur berceau par le virus de l’universalisme.

Ce ne serait pas un problème si on ne les considérait comme des totems, auxquels il faut se soumettre. La « transition énergétique », supercherie sémantique (il ne peut y avoir de transition que dans la consommation), est ainsi orientée uniquement vers le bas-carbone. La déflation. Pour assurer notre avenir, il s’agit de réduire notre déficit. Comment ?

  1. En émettant un max en ce moment, grâce au charbon qui ne vaut rien, de façon à diminuer progressivement le nombre de quotas sur le marché,
  2. En utilisant du gaz de schiste, parce qu’il fait baisser le prix du charbon, et que son contenu en carbone est 30 % inférieur à celui-ci,
  3. Voire, mais ça coûte cher en investissement, par des centrales nucléaires dont les émissions sont proches de zéro,
  4. Évidemment, on investit sur l’isolation des logements, mais qui peut assurer que les économies seront au rendez-vous ? Qu’i n’y aura pas d’effet rebond ? Et cela coûte bien plus cher que d’imposer une réduction de la vitesse sur autoroute, pour un bilan énergétique pourtant supérieur. Mais là, c’est une autre affaire…

Notre économie, comme notre politique énergétique, crèvent de devoir rendre des comptes à des veaux d’or. Abolissons le marché du carbone, utilisons des indicateurs multiples afin de guider nos choix, bref, sortons de ces deux monnaies uniques !

Ensemble, trottinons et emmerdons les taxis

Vingt ans que je prends de temps en temps des taxis, à Paris et ailleurs, vingt ans que je fais le même constat : les taxis sont dans leur grande majorité râleurs, racistes, grossiers, lourds, malpolis, gentiment arnaqueurs, pas à l’heure, jamais là pour rentrer en banlieue le soir, même pour une somme rondelette, leurs bagnoles sont sales, on ne peut pas payer en CB. Que les VTC les concurrencent, tant mieux ! Ils n’ont que ce qu’ils méritent. Alors, applaudissez avec moi ces sociétés qui, à l’image d’Uber, proposent de transformer chaque automobiliste en covoitureur potentiel ou la SNCF avec son offre de VTC de et à partir d’une dizaine de gares (succès, durait-on) !

Je lance un sondage : existe-t-il quelqu’un qui aurait une belle expérience de taxi à nous dire ! ? Je lui offre son poids en trottinette.

Ce n’est écrit nulle part, mais les agents de la RATP, et les troncs d’arbre déguisés en pitbulls appelés « police régionale des transports », font descendre le trottineur de sa trottinette. En quoi le trottineur dérange ? Il pourrait causer un accident, et « si la personne n’est pas assurée, vous vous rendez compte »… La trottinette divise par trois les temps de trajet, en particulier dans les boyaux interminables de Montparnasse. Mais non, elle est dangereuse. Pas à la SNCF, curieusement, qui ne trouve rien à redire.

Alors, mes ami(e) s, soyez gentils ! Demain tous en trottinette, en roller et en skate, mais aussi en poussette et en vélo pliant pour se faire engueuler par la RATP.

Maud & Arnaud gonflent la bulle carbone

Il fut avec Audrey Pulvar, il se trouve désormais épaulé par Maud Fontenoy : il faut soutenir le camarade Montebourg dans cette nouvelle épreuve.

Notre ministre en maillot rayé soutient la technique d’extraction du gaz de schiste par injection de fluoropropane et, techniquement, il a raison : ce produit permet de se passer d’eau, de solvants et, somme toute, de devoir fracturer. Voilà le gaz de schiste propre comme l’eau bénite, qu’il s’agit donc de faire cracher, car les États-Unis-ça-les-a-fait-sortir-de-la-crise-et-créé-des-emplois-et-rendu-indépendants-énergétiquement. Alors, comme le dit en substance l’aimable navigatrice à la rame dans son gentil livre dont le ton gnangnan et le tableau apocalyptique de la planète sont conformes à la cucuterie catastrophiste des écolos qu’elle dénonce pourtant en titre, « exploitons chez nous, car cela créera entre 300 000, 600 000, voire 1 million d’emplois ! »

Pourquoi pas, en effet.

Entre la peste, le choléra et la rage, entre le charbon, le gaz et le nucléaire, le gaz balance moins de CO2 dans l’atmosphère, et ne risque pas de nous radioactiver des régions entières. Certes. Nous entrons dans une époque qui, à maints points de vue, retourne au XIXe siècle, sacrifiant toujours plus au charbon, toujours moins cher (voir ci-dessus), à son appétit énergétique. Mieux vaudrait entrer dans la civilisation du gaz, moins polluante, qu’il soit brut, compressé (GNV) ou GNL (liquéfié). Les transports publics et routiers semblent s’engager dans cette voie, j’y reviendrai à l’occasion de la SITL (semaine internationale transport et logistique), qui se tiendra à Villepinte début avril, dont j’anime beaucoup de débats.

Mais ! Car il y a un gros « mais ».

Si l’on admet qu’il y a bien un problème avec le climat, et on a bien raison, il faut se convaincre d’exploiter toujours moins de combustibles fossiles, quels qu’ils soient. Vous allez me dire que le gaz de schiste, du méthane, un atome de carbone, émet moins que le charbon qui en comporte 4. Soit 30 % de CO2 en moins. Et bien non, car si l’on fait le bilan carbone total de la filière, c’est pareil, peut-être pire.

Or, du gaz de schiste, il y en a, et beaucoup ! Le peak oil et le peak gas n’ont jamais été aussi loin. En période de crise, alors que nous sommes toujours drogués à la chaîne hydrocarbonée, pourquoi se priver… D’autant que la géopolitique est en train de changer grâce à toutes ces réserves nouvelles, réelles ou plutôt supposées : les États-Unis s’affranchissent de la péninsule arabique (cf. newsletter précédente), tandis que Israël, Turquie et Chypre montrent leurs crocs pour se partager l’exploitation des grands champs gaziers de l’est de la Méditerranée. À la clé, des sous, une relative indépendance énergétique et surtout un statut de puissance régionale : qui est exportateur d’or ou de gaz noir, et dispose des moyens militaires de le rester, est intouchable. Pour les autres, comme l’Iran, il n’y a que l’accession au statut de puissance nucléaire qui permet d’être considéré.

Aujourd’hui, les compagnies pétrolières et gazières investissent des milliards pour prospecter. Leur cours de bourse en dépend, car il est adossé aux réserves annoncées. La réserve, c’est du pipeau, comme une notation financière ou une prospective d’emplois pour « l’économie verte » ou les gaz de schiste tricolores. Chercher, afficher des résultats, c’est tout ce qui compte : une course à l’échalote, menée sur du vent, qui ne peut se terminer que par l’explosion de cette « bulle carbone » gonflée par les prétendues découvertes de réserves exploitables. Que vaudra alors le vrai-faux gaz ? Plus cher, beaucoup plus cher.

Or, le climat.

Limiter la casse revient, d’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), à laisser dans le sous-sol 70 % de ce qui s’y trouve. Les pessimistes y vont de leurs 80 %. Alors, pourquoi, si l’on parle de climat, envisager d’exploiter les gaz de schiste ? Ce serait le pire des symboles qui démotiverait tout citoyen et tout élu à faire des efforts.

Le pire est que puisque personne ne décide de rien (voir newsletter précédente), c’est la solution la moins chère qui sera choisie. Le charbon, ou le gaz. À moins que le pape ne les excommunie ! ?

La bulle climatosceptique est à la retraite

« François Gervais est la nouvelle star des profs à la retraite qui vont sur les plateaux télés comme on se rend au club des anciens. pour tuer le temps, il va, son tout récent « l‘innocence du carbone » (Albin Michel) sous le bras, promenant le sourire de celui-qui-sait, distribuant la voix grave de la bienveillance accordée à l’égaré.

Notre ami porte des lunettes, une chemise souvent à gros carreaux ouverte sous une veste épaisse, panoplie de sérieux nécessaire à l’assurance de l’intervieweur. Ce que raconte notre physicien « émérite » (donc rangé des voitures) ne revêt pourtant aucun intérêt particulier, si ce n’est de confirmer l’observateur dans le désarmant constat que les gros sabots réussissent toujours aussi bien aux climatosceptiques, les préservant de la mort à laquelle le ridicule de leur théâtre devrait naturellement les conduire. »

Vous lirez la suite dans l’excellent magazine de Paul Ariès…

La France, y a bon les hypers, y a pas les logements

La France ne produit pas que du fromage et du vin. Elle sait aussi les vendre dans des centres commerciaux. En dépit des PLU et des Scots, malgré le manque aujourd’hui reconnu par tous en terres agricoles (objet de mon prochain livre) et les externalités environnementales liées à la transformation d’icelles en parkings, on n‘a jamais autant construit d’hypers qu’en 2013. Et 50 sont en cours de construction ou en projet pour les années à venir. Une vingtaine de centres commerciaux sont actuellement en rénovation.

Une schizophrénie française, titrerait un news magazine hebdomadaire. Lutter contre l’étalement urbain tout en l’étirant par la grande distribution, voilà un concept qu’aucun pays occidental n’a encore copié. Même les États-Unis qui eux, au moins, ne font pas semblant de densifier leurs agglomérations. Il faut dire qu’ils ont de la place, et que le foncier n’y est pas cher.

Des « lieux de vie », comme il faut les appeler, ces horreurs. Au doux nom d’Aéroville, de Confluence ou d’Atoll (rien à avoir avec les lunettes). On attend avec impatience le « mall » gigantesque du groupe Auchan, Europa City qui, en 2020, sur 230 000 m2 (…) promettra toutes les nuances de l’orgasme à la française : magasins, cafés, ciné, piste de ski, piscines, hôtels (2 700 chambres) et aussi un parc d’attraction. Le tout dans une ambiance conviviale et respectueuse de l’environnement, cela va sans dire, la connexion en plus : partout vous serez en Wifi gratuit, sous la lumière zénithale.

L’offre commerciale de ce genre augmente chaque année de 3 % alors que le PIB, in fine les achats des consommateurs, ne croissent pas plus d’1 %. Il y a donc suroffre. Preuve en est ces centres commerciaux en rénovation pour tenter, demain, de contrer la concurrence des nouveaux centres commerciaux qui sont projetés à quelques kilomètres de chez eux.

Pourquoi ?

Les élus, tout écolo-compatible sont-ils, veulent tous leur Ikéa ou leur Auchan. Car cela empêche leurs administrés d’aller dépenser des sous sous les cieux d’une autre commune, et cela ramène taxes foncières et ex-professionnelle. En tout, des millions d’euros. Et puis, évidemment, cela crée des emplois. Toujours moins que prévu, toujours aussi mal payés, du coup avec un turnover important qui masque la réalité. Une réalité encore moins glorieuse dès lors qu’on retranche les emplois et chiffres d’affaires perdus à cause de l’asphyxie des commerces de centres-villes par les centres commerciaux qui aspirent les budgets des ménages.

Rien d’étonnant à ce que les Commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC) rendent des avis positifs pour huit projets sur dix. Et même si la Commission nationale d’aménagement commercial (CNAD) est moins favorable (dans un cas sur deux), il suffit parfois aux projets retoqués d’être présentés différemment pour recevoir l’onction. D’aimables publicités des promoteurs de ces projets commerciaux achetées aux magazines municipaux, des subventions inespérées aux associations de contestataires sont aussi d’efficaces lubrifiants pour débloquer la machine administrative.

Mais ce n’est pas l’essentiel.

Ce qui fait pousser les centres commerciaux est leur extraordinaire rentabilité. En quelques années, le crédit est remboursé. Pas grâce à ce que qui y est vendu, mais à ce qui y est loué : aujourd’hui, plus de la moitié du chiffre d’affaires des propriétaires (Auchan, Leclerc, mais aussi Altera Cogedim par exemple) provient des loyers très élevés versés par les enseignes. Ainsi, qu’il y ait du monde ou non, dans les rayons, est moins important que le nombre de magasins. Et dans la mesure où les banques assoient les crédits sur les loyers escomptés, les promoteurs ont intérêt à multiplier les projets. En langage commun, on appelle cela une bulle.

Aspirateurs à voiture (en principe, les CDAC refusent les projets ans transport en commun…) et à consommateurs, les « lieux de vie » HQE poussent donc sur une terre promise qui n’aurait jamais dû cesser d’être agricole. Une terre que les élus retournent pour implanter des surfaces commerciales et des bureaux qui rapportent plus que des citoyens en immeubles.

Car que l’on soit en ville ou à la campagne, la litanie recommence : si le foncier est si cher, c’est que la demande est supérieure à l’offre, et si l’offre est inférieure à la demande, c’est d’abord parce que la société poussant chacun à être propriétaire, celle-ci construit moins qu’il n’en faut pour compenser la lourdeur du crédit, ne serait-ce qu’en allouant le foncier disponible, nu ou en friche, à réhabiliter ou à construire, préférentiellement au foncier qui rapporte.

Les hypermarchés poussent sur le fumier des politiques de logement auxquels les élus ont fait semblant de croire.

CO2, mon amour, n° 1 !

Non ce n’est pas une 4e newsletter, juste une petite info qui fait plaisir !
Derniers ouvrages parus : La Fin du tout-voiture | Actes SudNucléaire – Frédéric Denhez | Delachaux Et Niestlé)

CO2, 1ère de toutes les radios !

Bonne nouvelle ! CO2, mon amour, l’émission de Denis Cheissoux sur France Inter à laquelle je collabore fortement, est avec 784000 auditeurs en moyenne (+ 140000 en un an !), 1ère de toutes les radios généralistes (devant Europe 1, RTL, France Info/ Culture/ Musique/ Bleu…) sur son créneau (samedi, 14h-15h). Juste derrière NRJ. Radio qu’elle double néanmoins en parts de marché (CO2 est 1ère avec 10%).

Merci donc à vous toutes et tous qui écoutez, merci à ceux et celles qui écouteront samedi.

Quant à savoir comment et pourquoi l’émission « marche » de mieux en mieux, je vous pose la question !

Coups de griffes, écotaxe 3, charbon, biomasse, pollution de l’air, nucléaire, pâtures et Quimperlé.

Troisième newsletter, première de la nouvelle année… pour vous la souhaiter, la nouvelle année. À partir de ce qu’on a raconté Denis Cheissoux et moi (merci Christophe Imbert) lors du CO2, mon amour de rentrée de samedi 4 janvier.
Derniers ouvrages parus : La Fin du tout-voiture | Actes SudNucléaire – Frédéric Denhez | Delachaux Et Niestlé)

2014 : on plonge, on jette un œil, on sursaute, on reste dans le flou !?

Non ! On sort de l’entre-deux, du mi-air, mi-eau. On décide ! On dé-ci-de !

BONNE ANNÉE !!!!!

Pour une année sans fixies, ni scooters, ni projets électoralistes débiles, ni Jean-Vincent Placé !

Que 2014 soit l’année du terrorisme du dérailleur ! Du happening au levier de freins ! « Customisez » ainsi tous les fixies que vous rencontrerez (voir ma newsletter précédente), afin de les transformer en vélos normaux. N’oubliez pas de tartiner du cambouis partout, pour parfaire la métamorphose. Ensuite vous jeterez des pignons sur leurs possesseurs. Aux dernières nouvelles, ils rouleraient d’une main, l’autre tenant un sac à main pour hommes.

Que 2014 soit aussi l’année des fientes de pigeons générale sur les selles des scooters ! En général, hormis pour les trajets parisiens de banlieue proche à banlieue proche qui nécessitent parfois une mesure extrême de ce type, le scooter est l’emblème inutile du mâle relativement aisé (ça coûte cher !) qui ne veut surtout pas prendre les transports en commun, parce que ce n’est pas pour lui, que ça pue, que ça craint, que c’est trop lent, que c’est trop populeux etc ; ni monter sur un vélo, autrement plus fatigant ; ni sortir la voiture, évidemment plus lente en semaine ; ni acheter une moto, qui serait plus sûre, mais nécessite une maîtrise certaine et est moins agile en ville. Multiplié depuis des années, le scooter, pardon, le « deux roues », plus fun, plus « fixie » que le vulgaire et banlieusard à capuche « scooter », est une source de pollution, de dioxyde de carbone, de bruit, de danger pour les piétons et les cyclistes, d’encombrement de la chaussée et, selon la Mutuelle des motards, de risque majeur ! À se demander s’ils ne sont pas pires que les voitures… Alors, cette année, élevez des pigeons et apprenez-les à faire sur les scooters. 

Qu’en 2014 NKM et Hidalgo se taisent ! Entre « on va couvrir le périphérique » (lequel est en viaduc sur un tiers de son parcours…), et « on va faire un téléphérique entre les gares de Lyon et d’Austerlitz » (pourtant juste séparées par deux ponts et deux lignes de bus, sans parler des taxis et des… VTC), la course à la connerie est bien entamée, et ces dames risquent d’arriver ex aequo. Auraient-elles oublié ce qu’est la réalité des TC à Paris ? Ferment-elles d’ailleurs elles-mêmes la porte de leur auto ? Je pose la question.

Qu’en 2014 JVP (Jean-Vincent Placé) soit condamné à la marche ! Il est écolo, il est sénateur, et il a 18 000 et quelques euros d’amendes impayées. C’est ce qu’on appelle la cohérence philosophique et l’exemplarité de l’élu. Comme l’a écrit mon excellent confrère Olivier Razemon, il en faut des infractions pour accumuler autant de prunes (133 !). Il en faut du je-m’en-foutisme tout-voituresque. Il en faut beaucoup de certitude de vivre dans l’impunité. Il est vrai que les éminentes fonctions et aptitudes de Maître Placé nécessitaient qu’il se garât n’importe où et roulât n’importe commun. En tout cas, différemment du quidam. Lequel gueulera « J’y Vais Pas », aux prochaines élections, parce que JVP, même lui, un vert, est une pomme comme les autres. Allez, dégage, JVP.

J’ajouterai une année 2014 sans maladie de Charcot, qui a emporté ma mère le 12 décembre.

Une année où l’on pourra causer enfin… de l’écotaxe (voire des OGM et du nucléaire)

Qu’on mette un bonnet rouge ou qu’on ne s’inscrive pas sur les listes électorales, c’est pareil. L’écotaxe est un bâton-totem sur lequel on tape pour vomir sa frustration. Il est plus facile de déchausser un portique que de balancer du lisier sur ceux et celles qui ont ruiné la région à chapeau rond, à tous les sens du terme. De même qu’il est plus simple de taper comme un sourd sur Monsanto, et sur Areva, que de remettre à plat sereinement la philosophie agricole et notre culture énergétique.

Il n’y a ni bien ni mal dans ces questions. Ni méchant, ni gentil. Il y a, avec l’écotaxe, une tentative de changer notre vision de la valeur des choses. C’est justement cela qui gêne, car cela nous heurte, parce que cela remet en cause le fonctionnement du monde d’hier tout en nous faisant entrevoir ce que pourrait être le monde d’après. C’est trop perturbant, car cela jette une lumière trop crue sur notre mode de vie.

Nous sommes dans l’entre-deux. Notre société est coincée entre ce qu’elle ne veut plus, qui l’a mise au pied du mur, et ce qu’elle aimerait… sans trop savoir ce qu’elle aimerait. Alors elle se replie sur elle-même, elle fait le gros dos. Elle gueule et elle se trouve toutes les raisons pour ne pas se hisser au-dessus du mur.

Alors, 2014, l’année d’une vraie discussion sur l’écotaxe ? Le modèle économique breton ? La « pensée » agricole productiviste ? Le « modèle » allemand ! ?

Car si le cochon breton ne se vend plus, ce n’est pas à cause de l’écotaxe. Celle-ci ne fera que rendre encore moins rentable un mammifère qui ne l’est plus, depuis longtemps. À cause, en particulier, de l’Allemagne : outre-Rhin, le cochon vaut bien moins que le breton, car :

  • il est découpé par des « travailleurs délocalisés » venus de l’Est, considérés, par les syndicats locaux, comme des « esclaves ». Rien moins ;
  • çà et là, le cochon sert moins à faire le saucisson que le lisier, dont ont besoin d’énormes unités de méthanisation qui ont poussé grâce à un généreux tarif de rachat du kilowattheure produit. C’est le paradoxe de l’incinérateur : pour qu’il tourne à plein rendement, il faut remplir le four en permanence. Au besoin, dans le cas de la méthanisation, en lui destinant exclusivement du lisier ou du maïs… *
  • puisque le transport routier ne coûte pas grand-chose, il est des fabricants de cochons bretons qui trouvent plus avantageux d’envoyer leurs produits se faire estourbir par des Bulgares sous-payés, de l’autre côté du Rhin, que par des Bretons.

C’est bien cela qui gêne dans l’écotaxe : elle est le vilain petit canard qui dit brutalement, au cours du banquet, l’histoire vraie de la famille. Allez, va-t’en ! L’écotaxe appuie là où ça fait mal.

La perspective de l’écotaxe, pourtant, n’effraie pas tout le monde… même les livreurs en 3,5 t. Comme me l’a écrit un mien ami, grand connaisseur du transport routier, « Certains pensent que c’est une reconnaissance de l’activité de transport de marchandises, et quelle apportera une professionnalisation des entreprises en particulier par la lutte contre l’exercice illégal de la profession ». Lequel représenterait jusqu’à 30 % des colis livrés à Paris ! Mais, ajoute cet excellent garçon, « des grands messagers qui ont recours aux transports lourds pensent qu’on se tire une balle dans le pied ».

Quoi qu’il en soit, l’écotaxe est une façon comme une autre de rationnaliser le monde du transport et de la logistique et d’afficher la réalité du modèle économique de l’agro-alimentaire. D’où son rejet par ceux qui subissent et n’osent pas espérer que ça change.

(*) Stupidité qui verra sa réalisation française dans cet élevage hors-sol aux mille vaches qui est promis pour la Somme, près d’Abbeville. J’y reviendrai.

L’année du charbon… et de l’air pur (!?)

Notre société ne sait plus quoi faire, parce qu’elle sait quoi faire tout en ne le voulant pas. Ne rien changer, parce que changer serait tout changer. Alors faisons comme si : un coup à gauche, un coup à droite, tout et son contraire, histoire de voir où nous portera le courant. Donnons des gages aux deux mondes, celui d’avant et celui de demain, et le destin décidera. Donc, ne décidons pas.

Ainsi, l’écotaxe.

Ainsi, l’énergie.

Le charbon !

Nouvelle énergie d’avenir ! Son prix chute, à cause de la transition énergétique américaine vers le gaz (de schiste). Il s’en exporte, et les énergéticiens européens achètent car cela leur coûte moins cher que le gaz russe. Ils ferment leurs récentes centrales à gaz, rouvrent des centrales à charbon, aussi rustiques que bon marché. Surtout en Allemagne, dont la vertu écologique se paie au prix d’une augmentation lente et sûre de la part du charbon dans son mix énergétique : elle en est à 41 % ; elle sera avant la fin de la décennie à plus de 50 %. Hourra.

Le charbon, mais aussi le pétrole. Les États-Unis n’en importent plus que 40 %. C’était 60 % il y a quelques années. Ce sera une vingtaine de pour cent dans une génération. Mais puisque leur consommation ne baisse pas, les Américains exploitent de plus en plus de pétrole non conventionnel. Extra-profond, extra-loin, extra-lourd, extra-sale. Plus le gaz de schiste. Plus, encore, le charbon que l’US Air force, comme d’autres forces aériennes d’ailleurs, se fait fort de transformer en kérosène grâce au bon vieux procédé Fischer-Tropsch qui avait permis à l’Allemagne nazie d’assurer la moitié de ses besoins en carburant.

Procédé de gazéification-liquéfaction du charbon très polluant et dispendieux… en énergie. Peu importe. L’important c’est d’être moins dépendant de la péninsule arabique.

Procédé qui s’apparente à celui permettant la transformation de la biomasse en essence, via la gazéification, c’est-à-dire la méthanisation. Le cochon allemand et les Mille-vaches de Picardie ont de l’avenir !

Or, la Commission européenne souhaite renforcer sa directive sur l’air…

… notamment en ciblant la biomasse. Car les unités de production d’énergie à base de bois, par exemple, émettent beaucoup de polluants. En particulier les petites, celles qui ne tournent pas à plein régime. Encore le paradoxe de l’incinérateur, ou celui de la voiture diesel : les petits foyers n’ont pas le rendement suffisant permettant aux équipements antipollution de fonctionner efficacement. Alors, un jour, comme le moteur diesel, l’Europe interdira les petits foyers qui remettent dans l’air des villes les polluants qu’elle avait bannis dès les années 1960.

En France, l’État instaure une vignette intelligente, à vertu pédagogique. Votre auto sera rouge, orange ou verte en fonction de son âge, c’est-à-dire selon sa classification Euro (qui définit les normes d’émission. On est parti de 0, on est à Euro 5, bientôt 6). Quand je vous disais que le diesel était mort, et que PSA n’a plus que des soucis à se faire…

Bref, notre monde brûle plus que jamais des combustibles fossiles, preuve que la transition (de la production) énergétique est une supercherie ; tout en renforçant les réglementations sur la pollution de l’air !

Signe des temps, signe d’un temps où les choses se mettent en place pour, demain, à la bonne occasion, basculer. En espérant du bon côté. En attendant, il serait peut-être bon de s’interroger calmement sur la sortie du nucléaire, comme je le fais dans mon livre, car :

  • il a fallu 12 ans pour construire nos 59 tranches ;
  • il faut aujourd’hui 8 ans pour ériger la moindre éolienne (2 à 3 en Allemagne) ;
  • et 10 ans pour faire passer une ligne THT ;
  • or, dans 8 ans, nous perdrons 30 % de notre production électrique nucléaire pour cause de mise à la retraite de 20 tranches ;
  • alors que notre consommation augmente ;
  • que faisons-nous pour combler le trou ? Rien ! Ni nouvelles centrales (la filière thorium a été presque abandonnée, la quatrième génération peine à trouver des financements de recherche), ni développement des ENR, ni, surtout, mise en place d’une politique culturelle de l’énergie (j’y reviendrai).
  • donc, nous allons laisser le destin décider pour nous. Et ce sera le charbon car il est le moins cher…

Bon, mais que ça ne vous empêche pas de brûler vos bûches. Si elles sont bien sèches, bien entendu !

Pour une année des sols !

Que l’an 2014 soit celui des sols !

Tout le monde s’en fiche, et pourtant, sans sol, il n’y a pas de culture, donc pas de nourritures terrestres.

Qu’est-ce qu’un sol ? Une roche dégradée par la vie, transformée par celle-ci en lieu de vie, dont la vie assure la fertilité. Un sol, c’est une pompe à eau, un réservoir de biodiversité, un stock de carbone, un ralentisseur d’écoulement, un dépolluant, un empêcheur d’éboulement.

Un sol, ce n’est pas du gazon-thuya, ni de la terre exposée nue aux éléments en hiver. Pas plus qu’un parking ou un échangeur. Un sol vivant, auto-fertile, c’est une prairie, une pâture, une zone humide, une forêt, un champ de production céréalière en rotation de cultures. Pas trop labouré, pas trop pulvérisé : le sol, c’est notre biodiversité commune, c’est le lombric, ce qu’avait déjà démontré Darwin à la fin de sa vie, et ce lombric, ou ce collembole, n’aime pas être trop souvent perturbé.

Or, l’urbanisation et l’érosion de sols nus conduisent à la perte de nos sols. Lesquels prennent du temps pour se reconstituer, si on leur en laisse le loisir. Un bon demi-siècle.

Il faudrait comprendre que les sols naturels sont sans doute la ressource renouvelable la plus menacée aujourd’hui. En France et dans le monde. Ce qui fait que dans quelques années, les sols devenus rares seront considérés comme de bons placements financiers, ou seront achetés par les pays émergents qui en ont grand besoin. Y compris chez nous, la fédération des Safer s’en inquiète déjà.

Alors, pour 2014, votez pour ceux et celles qui gèleront l’étalement urbain, qui sanctuariseront la terre agricole, qui privilégieront les modes de cultures moins agressifs, qui construiront de nouveaux logements sur les friches industrielles, et pas sur la terre à vaches. Tiens les vaches, et les moutons. Les manger, c’est entretenir pâtures et zones humides…

Je prépare un livre sur le sujet. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques, de vos contacts. Merci d’avance. Et je vous causerai tantôt de la compensation.

Enfin ! L’année de la culture du risque ?

Comme Schumacher n’est tombé sur la tête qu’une seule fois, les chaînes d’info continue sont tombées sur Quimperlé pour en faire des tonnes. Ou plutôt des mètres cubes. Ainsi a-t’on a vu et revu les scènes cent fois vues et revues d’eau qui monte, de voitures noyées, de pauvres-gens-qui-ont-tout-perdu, de pompiers transportant mémé dans une barque.

On a vu et entendu les mêmes dénonciations des digues pas assez hautes, du Préfet pas assez diligent, de Météo France pas assez divinatoire. On a entonné l’inévitable chanson sur le réchauffement climatique (peut-être lié, on ne sait pas, mais ça y ressemble), et hurlé contre l’étalement urbain.

Certes, l’étalement urbain, l’étanchéification des sols (voir note précédente), la construction de logements en zones inondables ont accru notre vulnérabilité.

Mais pas que.

Car Quimperlé est une très vieille ville. Qui a toujours été inondée. Plutôt moins au cours du XXe siècle que durant les siècles précédents.

Mais on l’a oublié. Nous n’avons plus de mémoire. Nous ne savons plus que l’eau est irrépressible, que c’est elle qui détruit et tue. Toujours. Nous pensons qu’une digue ou une assurance suffise.

En réalité, nous n’avons plus aucune culture du risque. Même pas le minimum qui incitait les « anciens », avant, à ne pas mettre l’électricité au rez-de-chaussée de la maison qu’ils savaient être en zone inondable, à renforcer les fondations et à mettre des piles dans une boîte de biscuit à côté de la radio, au grenier, au cas où…

Qu’en 2014 se développe enfin une culture du risque à l’école, dans les médias, lors de manifestations. On peut construire en zone inondable, mais en connaissance de cause. L’eau qui n’est pas revenue en ville depuis un siècle reviendra, de toute façon, et fera beaucoup de dégâts, parce que nous sommes plus nombreux et dépendants de l’électricité, du gaz, du téléphone.

 Il y a des gestes, des évidences à connaître, Du bon sens. Les crues reviendront car l’étalement urbain se poursuit et le réchauffement climatique, en théorie, accroîtra la fréquence et ou l’intensité des phénomènes. Il est temps !

La camionnettte de 3,5t, le « fixie », le Sénat et les OGM, et des zones humides en Montagne noire…

Pour cette seconde « newsletter », encore un peu de transport, une camionnette, un vélo , une couche d’OGM et des zone humides. 
Derniers ouvrages parus : La Fin du tout-voiture | Actes SudNucléaire – Frédéric Denhez | Delachaux Et Niestlé)

Retour sur l’écotaxe par cette pauvre camionnette de 3,5 t

L’écotaxe est morte, de toute façon.

L’écotaxe n’était pas inéquitable, elle n’en était pas moi incohérente.

Car pour atteindre son objectif originel d’inciter le transport de marchandises sur courtes distances, et ainsi, favoriser la proximité, elle allait affliger les camionnettes de 3,5 t, celles, justement, de la proximité. Quel paradoxe !

En fait, pas tant que cela.

L’objectif premier de notre affaire est de diminuer les émissions de CO2, de HAP, de microparticules et d’oxydes d’azote. Tout ce qui menace nos bronches et nos climats. Or, plus la distance est courte, moins le moteur (diesel) a le temps d’être au régime suffisant exigé par les mécanismes antipollution : un petit diesel en agglomération polluera toujours plus qu’un semi-remorque sur autoroute. Au kilogramme transporté par kilomètre, et c’est le deuxième point du raisonnement : moins plein est le camion, plus les émissions par kilogramme sont importantes.

Conclusion : le « localisme », si l’on ne tient compte que des paramètres physicochimiques, dans notre société vouée au culte du chiffre et aux critères de performance, est une hérésie. Qui peut être légitimement taxée. En proportion, beaucoup plus que le commerce lointain. Un agneau néozélandais importé par cargo et semi-remorque émet près de dix fois moins de CO2 que le même descendu de la colline pour être vendu sur le marché !

En fait, l’écotaxe, c’est un message simple ; que vous soyez gros ou petit, arrangez-vous pour limiter le nombre de camions sur la route, et remplissez-les puisque vous paierez toujours la même chose qu’ils soient vides ou pleins.

L’écotaxe, c’est aussi un autre message, que chacun de nous à du mal à comprendre :

Favoriser le commerce de proximité n’est pas un engagement écologique ou sanitaire, car la massification sur longues distances apporte plus de bénéfices. Résumée à des indicateurs chiffrés, l’écologie favorise le commerce international. Voilà pourquoi il faut considérer le commerce de proximité, notre camionnette de 3,5 t, pour l’engagement social et humain qu’il représente : la proximité est un élément essentiel de l’aménagement cohérent des territoires, autrement dit, du mieux vivre.

Après le bar ouvrier-chic, le faux vélo de prolo 

Le « fixie ».

Ce vélo n’a pas de dérailleur, ni à l’avant ni à l’arrière. Pas plus de freins, de roue libre, de lampes, de catadioptres, de compteur, de porte-bagages. C’est comment qu’on freine ! ? En pédalant… un peu moins fort. Pas de repos pour les cuisses, faut rouler tout le temps, ou tenter le surplace. Comme sur les pistes de course de vitesse.

Le fixie, c’est l’anti-Vélib. Le retour à l’ancienne. L’épure ! L’usage de la selle est toutefois permis. La « customisation », fortement conseillée : le « fixie » doit être à l’image de son propriétaire, une pièce unique.

Ce vélo design commence à n’être plus anecdotique dans nos villes. S’il est difficile au néophyte de le reconnaître, il lui est plus aisé de le repérer par son cavalier. Le fixiste (qui n’a rien à voir avec l’adepte de théories étriquées relatives à l’évolution du vivant) n’est en effet pas pauvrement habillé. Il porte souvent des Van’s, des vêtements de marque à la mode, la barbe de trois jours.

Les bobos/hipsters ont enfin trouvé le moyen de transport digne de leur formidable originalité. Lequel vélo véhicule évidemment une image fun, vu qu’il vient d’Amérique du Nord, de New York en plus. Le « fixie » est en effet l’outil de travail des coursiers, qui sont, comme chacun sait, ce que les surfeurs sont à l’océan.

Or, si les coursiers US, payés à la tâche, sans assurance ni Sécu, ont dépouillé leurs montures pour en arriver au dépouillement du « fixie », c’est qu’ils en avaient marre de se faire dépouiller. De se faire voler leur vélo, de perdre trop d’argent à régler, réparer et remplacer des pièces mécaniques complexes et fragiles (les dérailleurs), d’en perdre également en perdant du temps à freiner. Le fixie est bien, au départ, un outil de pauvre.

Qui est aujourd’hui un attribut de riche. Le génie des bobos est de rendre cher et rare ce qui avant était commun et bon marché. Ainsi du demi au comptoir du bistro de prolos ripoliné en bistro chic de rue gentrifiée. Maintenant le fixie, vélo basique qui, sans rien, est devenu par le génie des branchouilles citadins, beaucoup plus cher que le vélo « normal ». Après avoir chassé le prolo des centres-villes, le bobo lui pique son vélo !

Le « fixie » ne rime pas avec écologie, mais avec bouffonnerie. C’est dit !

OGM ? Organisme juridiquement modifié

Le Sénat a voté le 20 novembre une « Proposition de loi tendant à renforcer la lutte contre la contrefaçon » en procédure accélérée.

Dans le Chapitre V, titré « Renforcement des moyens d’action des douanes », à l’article 6, on trouve ceci :

  • 5° L’article L. 623-4 est complété par un alinéa ainsi rédigé :
  • « Sont interdits, à défaut de consentement du titulaire du certificat d’obtention végétale la production, l’offre, la vente, la mise sur le marché, l’importation, l’exportation, le transbordement, l’utilisation ou la détention à ces fins de tout ou partie de la plante ou de ses éléments, tels que visés au premier alinéa. » ;

En résumé, avec cet article et quelques autres, dans ce projet de loi qui complète une loi votée en 2011, 1) les productions végétales non contractuelles entrent dans le champ de la contrefaçon, 2) en conséquence de quoi, les agriculteurs qui utiliseraient sans autorisation explicite des semences faisant l’objet d’un Certificat d’Obtention Végétale (COV) ou d’un brevet (comme tous les OGM), sont considérés comme des contrefacteurs.

Que les semenciers défendent leur gagne-pain, on les comprend. Moi qui vis de droits d’auteur, je conçois que les utilisateurs des graines versent des royalties pour financer la recherche des entreprises qui les ont inventées.

Que des agriculteurs soient sanctionnés parce qu’ils se revendent des graines sous le manteau, cela tombe aussi sous le sens.

Le problème n’est pas là, il est de nature philosophique.

Car avec cette loi, et le fait que, depuis 2011, les cultivateurs producteurs de « semences paysannes » – entendez ceux qui conservent une partie de leurs graines pour les ressemer – doivent dûment s’enregistrer auprès des semenciers ; c’est le geste même de l’agriculteur, le geste premier, celui de planter ses graines « gratuitement » qui est désigné a priori comme illégal.

Pis : en désignant comme de la contrefaçon la germination au hasard de plants protégés par un COV ou un brevet, mais non achetés par le propriétaire du champ, par exemple à l’occasion de la dissémination par le vent ou de semences transportées sous les bottes d’un cultivateur (ou d’un représentant d’un semencier !?), la loi considère l’essence même de la vie, qui est bien de germer, c’est-à-dire de se reproduire gratuitement et à l’infini, comme du piratage.

Pis x Pis : en plaçant des clôtures sur le génome, comme auparavant on a planté des clôtures sur les terres communes, le régime des brevets conduit à une forme de privatisation du res communis qu’est le matériel génétique. Il ne serait plus dès lors un bien commun. Ce que reprochent… les petits semenciers au gros, qui demandent l’aide de la Commission européenne, car ils ont peur, demain, d’avoir peur de découper le moindre gêne dans des génômes largement hérissés de poteaux de propriété. Le faux-pas sera probable. Et avec lui, le procès, douloureux.

En privatisant de fait le vivant, ce mouvement d’enclosure nie le vivant et prend le risque de se priver un jour de toute capacité de recherches

Concrètement, avec cette loi, et les décisions prises il y a quelques années par les Cour suprême des États-Unis et du Canada, la cohabitation entre cultures conventionnelles et cultures à base d’OGM est impossible : en cas de constat fait par les douanes de plantes génétiquement modifiées sur votre terrain, vous n’aurez comme alternative qu’aller au procès pour vous défendre, contre un semencier ayant bien plus de moyens que vous, ou bien signer avec celui-ci un contrat de fourniture de semences, en dédommagement.

Comme je l’ai écrit dans mon livre, mais sans doute pas assez parce que j’en ai pris conscience au cours d’un colloque national sur les OGM qui s’est tenu fin novembre à Drumondville, au Québec, le risque porté par les OGM n’est ni environnemental, ni sanitaire, mais social. Celui de la fin de l’agriculture des hommes, juridiquement étouffée par l’agriculture industrielle.

Zones humides : un bien public

Le 4 décembre à Saint-Denis, dans l’Aude, au pied de la Montagne noire, château d’eau du Languedoc-Roussillon et du Canal du Midi, s’est tenu un joli colloque sur les zones humides. J’en étais (le seul en costume sur la photo – voir lien plus bas – c’est moi), comme « Grand témoin », chargé surtout de replacer les zones humides dans la problématique du changement climatique. C’est Denis Cheissoux qui animait (en chemise rose).

La Scic (Société coopérative d’intérêt collectif) Rhizobiome a présenté les résultats d’années de travaux, de prospection, de diplomatie, pour recenser les zones humides de ce territoire et convaincre leurs propriétaires de les conserver, et de mettre en pratique une gestion qui préserve les services rendus par ces milieux.

Joli succès, car près de 600 hectares sont désormais connus, et cartographiés : c’est autant de zones humides désormais en sécurité, car le pire ennemi des zones humides reste l’ignorance. Les fonctionnalités de ces endroits qui font « sproutch » sous la botte sont mieux connues et reconnues, en particulier des propriétaires des 60 hectares qui ont signé une convention de « bonnes pratiques » avec la Scic Rhizobiome.

Que savent-ils ? Que ce mi-terre, mi-eau, mou comme un Tiramisu, qu’est une zone humide, où pousse la molinie, la callune et parfois la droséra, est un ralentisseur d’eau. Pas un stock (« ça, c’est la mort ! », a dit Jacques Thomas, gourou national de la chose, patron de la Scop Sagne, spécialisée dans l’ingénierie écologique), mais un flux ! (« ça, c’est la vie ! », dixit icelui). Une batterie, en quelque sorte.

Ce faisant, la zone humide garde l’herbe verte en été, alors que, réchauffement faisant, le stress hydrique s’accroît d’année en année ; et elle limite la probabilité et l’intensité des crues ou des étiages.

La zone humide est devenue un enjeu stratégique.

J’ai émis l’idée de la considérer comme un bien public, et de la gérer, comme l’eau, dans le cadre d’une seule et même structure qui pourrait être un SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion de l’Eau) étendu. C’est d’ailleurs ce que le Conseil régional de Bretagne vient de réclamer au gouvernement : gérer tout le bassin-versant breton par un seul SAGE.

Le succès de Rhizobiome repose sur une démarche simplement humaine, qui a nourri dans son sillage le courage d’élus, d’administratifs et d’agriculteurs, pour essayer des choses nouvelles. Cette démarche a rompu ce qui, toujours, empêche de faire, surtout en matière de zones humides encore considérées comme des inutilités car agronomiquement pauvres, et sanitairement embêtantes (ah, le souvenir du paludisme !) : Rhizobiome a rompu l’ignorance et créée de la beauté en démontrant que la complexité… ce n’est pas synonyme de compliqué.

Chapeau à Céline Thomas, la patronne.

Écotaxe, TFNB, TVA sur les TC, VTC : derrière les acronymes, on cherche le courage, on trouve les prémices d’une société différente

Je vous fais part de ces quelques réflexions « transport & aménagement du territoire », récemment publiées ou dites sous une forme ou une autre. Au plaisir de les prolonger avec vous.
Derniers ouvrages parus : La Fin du tout-voiture | Actes SudNucléaire – Frédéric Denhez | Delachaux Et Niestlé).

L’utile écotaxe, bouc émissaire d’une Bretagne saccagée

« C’est à cela qu’on reconnaît la profondeur d’une culture : à la dimension philosophique de ses combats. Voilà pourquoi la larme nous tombe lorsque nous contemplons le Gwenn-ha-Du battre le vent celte pour défendre Père Dodu, dans le bruit de grillon des triskèles agitées pour protéger les abattoirs Gad contre l’horrible infortune. (…)

Voilà ce que m’inspirent les Bonnets rouges, dans un édito paru sur le site des JNE, fruit d’une longue actu développée sur CO2, mon amour (France Inter) le 2 novembre, repris en partie par Denis Cheissoux dans son billet la semaine suivante… 

L’écotaxe (initialement Taxe Kilométrique Poids Lourd), que ne rejettent ni les chargeurs, ni les transporteurs, est un bel outil, un signal efficace, un symbole qui compte. Elle n’est pour rien dans la transformation de la Bretagne en fosse à purin. Les bonnets rouges ne sont ni des esclaves ni des révolutionnaires nouveaux, mais des perdus qui se battent contre ce qu’ils peuvent. Ils seraient sans doute mieux inspirés de s’en prendre aux agro-industriels perfusés aux subventions, aux lycées agricoles qui n’ont formé qu’aux sous-emplois, à la Grande distribution qui les appauvrit et reportera sur eux le montant de l’écotaxe, comme elle le fait déjà de la majorité de ses coûts annexes.

L’État a baissé son pantalon, mais heureusement, des Bretons agissent en silence, comme le groupe Hénaff. Quant à Écomouv, tout le monde (politique) s’inquiète aujourd’hui qu’une société privée prélève une taxe. C’est pourtant ce que fait Écoemballages et Adelphe depuis des années !

Étalement urbain, crise du logement, coût de la voiture : tout est dans la TFNB (ou presque)

Le gouvernement a aussi baissé son pantalon (il va finir par prendre froid) sur la hausse de la Taxe sur le Foncier Non Bâti. « Spoliation ! », « Saisie ! », « Réquisition ! », a-t-on entendu. On ne touche pas impunément au dogme de la propriété, en France.

Pourtant, cette excellente affaire est une façon de supprimer la niche fiscale représentée par les terrains anciennement agricoles, reclassés « à bâtir », grâce auxquels d’astucieux investisseurs attendent que les prix montent afin de réaliser une belle culbute. Laquelle est in fine payée par les locataires et accédants à la propriété des logements chers construits sur ces terrains hors de prix.

La mesure est certes grossière, mais symboliquement efficace pour lutter contre la spéculation foncière, et surtout utile pour combler les dents creuses des agglomérations, c’est-à-dire pour redensifier l’urbain. Donc limiter l’étalement urbain, cause de temps de déplacement en auto qui coûtent, à tous les sens du terme.

Cela m’a inspiré une chronique sur CO2, mon amour, le 16 novembre.

Le ticket de ciné baisse ? Le ticket de bus monte !

Le gouvernement sait quand même trouver de temps à autre le courage de dire « non ! ». Aurélie Filipetti ayant décrété que le théâtre et le cinéma sont indispensables à la vie, et au rayonnement culturel du royaume, la TVA sur les billets de théâtre et de cinéma va baisser. Par contre, celle sur les transports collectifs, certainement pas !

Élus et responsables des « TC » ont eu beau préciser que 1), cela ne constitue pas un message encourageant dans le cadre d’une politique a priori orientée contre le tout-voiture, 2) les usagers sont en majorité des personnes âgées et des travailleurs pas très riches, 3) les TC ont tous de graves problèmes financiers (la part payée par les pouvoirs publics baisse, celle par les entreprises stagne), qu’en conséquence, 4) il leur faudra augmenter le prix du ticket ; rien n’y a fait : le gouvernement ne s’est pas laissé intimider.

Curieusement, personne n’a parlé des Bonnets verts qui, virtuellement, manifestent contre cette stupidité.

Le taxi n’aura pas de concurrence

Le taxi est cher, n’est pas assez nombreux. Mais c’est parce qu’il paie une licence, très coûteuse, garantie d’une retraite intéressante. Cette licence est d’ailleurs, comme l’écotaxe (voir plus haut), une façon de donner un coût à l’usage de la voirie.

Et bien les taxis n’auront toujours pas de concurrence, comme les notaires et les pharmaciens. La Sécu avait voulu revenir sur leur chasse gardée ? Ce monopole sur le « transport de malade », qui constitue il est vrai l’essentiel des revenus des taxis des petites villes, est cause, selon la Cour des Comptes, d’une bonne partie du Trou. Peu importe, la Sécu a dû remballer. Les taxis avaient tout bloqué.

Constatant que le smartphone et les réseaux sociaux avaient développé des offres spontanées de covoiturage/ autopartage, sous la forme de Véhicules de Transport avec Chauffeur (VTC), concurrentes de celle des taxis, souvent complémentaires, en réalité, et s’insérant parfaitement dans cette « mobilité courante » qui se développe, le gouvernement avait prétendu les encadrer en autorisant. Mal lui en a pris ! Menaçant de tout bloquer à nouveau, les taxis ont obtenu que les VTC fassent poireauter le client… un quart d’heure, au moins (ils avaient réclamé une heure).