Aller à la plage en vélo, voilà mon vœu pour l’humanité en 2016
@FD, 2015
Les choses avancent sur le terrain de l’écologie, on ne va pas bouder son plaisir.
Mais !
N’oublions pas dès lundi de dire merde à tous les obsédés, les refoulés, les moi-je, les la-planète-c’est-moi, les idéologues, les bénis-oui-oui, les rigides, les mous, les tristes, les c’est-pas-ma-faute, les manichéens, les obscurantistes incultes, les incultes obscurantistes, les tout-est-de-notre-faute, bref, les chiants et les chieurs. Ça en fait beaucoup !
Et j’en rajoute encore, pour rigoler un peu :
– les anti quelque-chose,
– les apôtres du quinoa,
– les vendeurs de vins de cépage,
– l’inventeur du rosé-pamplemousse,
– les adorateurs du Pr Joyeux,
– les catastrophistes,
– les scientistes,
– les « dis bonjour à kiki »,
– les chemisette à rayures – cravatte,
– les buveurs de champagnes sucrés,
– les vieux qui mangent de la mousse de foie gras,
– les présidents de syndicat d’ordures ménagères,
– les gens qui s’arrêtent brusquement sur le quai de la gare avec leur valise à la con,
– les fabricants de vélos hollandais,
– les autocaristes,
– les auditeurs qui ne m’écoutent pas sur Inter,
– les téléspectateurs qui ne regardent jamais la télé quand je passe chez Polony,
– les anciens combattants de l’écologie,
– les automobilistes en centre-ville,
– les chats,
– les curés, les imams et les rabbins,
– les ceintures à retirer dans les aéroports,
– les serveurs qui disent « on est sur… »,
– les vendeurs qui disent « on part sur… ? »,
– les porteurs de perches à smartphone,
– les cyclistes en moule-burnes,
– les clients du Starbuck à la place du parking à vélo de la Gare du Nord,
– les consommateurs du centre commercial de la Gare Saint-Lazare,
– les barbus qui s’épilent les couilles,
– les copropriétaires,
– les gamins avec des casquettes qu’on dirait le casque des pompiers de New York,
– les qui soufflent les feuilles mortes,
– les politiques qui feraient bien de ne plus respirer du tout,
– les tarés du footing,
– les occupants de maisons avec des tuiles romaines,
– les buveurs de Nespresso,
– les…
Je laisse ouverte la liste. N’hésitez pas à me faire part de toutes vos haines massacreuses, vous verrez, ça fait du bien. Surtout quand c’est con. On en fera un livre !
Pourquoi la troisième voie n’est-elle pas l’écologie politique ? Pourquoi est-ce, toujours, le FN ? Nécessité politique d’avoir un croque-mitaine, désespoir, rancune, inculture, certes. Aussi, la médiocrité d’une écologie à la française incapable d’écrire un nouveau récit, alors que tout lui donne raison.
Le FN, c’est aussi la médiocrité des écologistes
Trente ans qu’on l’attendait depuis son lancement par François Mitterrand en 1983, et le voilà, les bottes cirées : le FN est sur le podium ! Belle victoire pour celui qui avait par ce calcul voulu déranger la droite et implanter face à tous le croque-mitaine idéal pour disqualifier un adversaire. L’ogre borgne ainsi ravaudé fut l’os jeté en pâture aux déclassés, aux ouvriers oubliés par les apôtres de la modernité ; de bien commodes apeurés car l’on pouvait en désignant leurs dents, leur bave et leurs cris moquer l’évidente médiocrité. L’indécrottable racisme, forcément, le ridicule nationalisme, évidemment. Ce fumier humain, cette désespérance, cet effroi de ceux et celles qui se sentent trop seuls face à des repères qui n’existent plus, sans qu’ils sachent pourquoi, le FN l’a étalé, l’a fait vieillir ; il a mûri, il s’est affiné, il est aujourd’hui un compost, qui, demain, fleurira. Mais non, j’exagère : « nous avons compris l’exaspération des Français etc. », dimanche soir comme depuis trente ans.
La victoire posthume de Mitterrand
Cela dit, ces fleurs de FN n’auraient jamais si bien poussées sans cet engrais efficace qu’est l’inculture. L’oubli. Pourquoi tant de jeunes ont voté pour lui ? Parce que l’avenir leur est chichement compté par leurs parents, certes. Quel avenir pour eux ? Des diplômes médiocres, qui les mettent déjà en concurrence avec leurs équivalents Indiens ou Chinois. Un monde du travail pathogène. Une retraite aux calendes grecques. Un logement impossible. Et un environnement dégradé, et un climat délétère. Certes. Aussi, l’absence totale de culture politique, due au mépris pour les politiques, qui l’ont bien cherché. N’oublions pas surtout le simple mépris pour la culture. « L’histoire, ça sert à rien ! », disent les lycéens et des pédagogistes utilitaristes. Alors on oublie, parce qu’on ne compare plus, on est sans souvenirs. C’est plus simple. On est fasciné par les monuments, les batailles perdues, par la Sainte-Trinité dictatoriale sans cesse encensée par les émissions de télé, Louis XIV-Napoléon-De Gaulle, on se prosterne devant les lieux de pouvoir lors des journées du Patrimoine, mais on ne s’intéresse pas à l’histoire. On préfère les clichés aux récits qui ont fait la Nation. Le FN est le fruit de la noce de la médiocrité politique et de la bêtise intellectuelle autosatisfaite d’une société qui est au bout d’elle-même.
Le désastre de l’écologie politique
Pourquoi n’est-ce pas l’écologie politique qui incarne l’envie de trouver un autre chemin ? Pourquoi le FN est-il le seul à faire espérer encore ? Pourquoi en ces temps de Cop21 à succès (ne boudons pas notre plaisir), alors que tout donne raison aux militants de la première heure, les écologistes ont-ils fait un score grotesque aux Régionales ? Pourquoi n’est-ce pas eux, l’alternative aux partis corrompus par l’âge ? C’est en fait la seule question intéressante soulevée par ces élections. On sait que le monde ne peut qu’aller vers la sobriété, et EELV fait un gâchis !
Une étrangeté, en dépit du constat de l’accablante médiocrité du personnel politique de l’écologie française. Pourquoi voter pour eux puisqu’ils ont l’air d’être comme les autres ? Cette nullité n’est en réalité que l’écume des choses, car l’écologie, telle qu’elle est portée en France, ne peut pas donner envie.
La pensée complexe ne fait pas de bonnes élections
Une étrangeté, décidément, car de conférences en débats, de rencontres en réunions publiques, l’écologie est présente partout. Elle est même devenue, grâce à la réforme grenellienne des documents d’urbanisme, l’occasion de la démocratie participative, qui n’est pas en vain mot. Allez voir les débats sur les trames vertes et bleues, par exemple. Un miracle, dans notre monarchie refoulée. Des gens de tout bord discutant de la position des haies, de la situation des zones humides, de l’intérêt d’une route, et qui du coup, chemin faisant, envisagent leurs territoires, relisent son passé, cartographient son présent, projettent son avenir. Et en modifient le cadastre sans se rendre compte que c’est par l’objectif de biodiversité qu’ils l’ont fait. Statistiquement, ces gens votent beaucoup FN, car ils sont de territoires ruraux, pauvres, oubliés. Et pourtant, l’écologie du quotidien leur a fait voir une possibilité d’avenir par eux seuls imaginée, tandis qu’ils conspuent l’écologie politique parisienne, celle des bobos-bien-mis-beaux-qui-parlent-plusieurs-langues et manient des concepts dans des concept-stores végétariens.
On peut appeler cela une dissonance cognitive, une schizophrénie, une incapacité à vouloir pour les autres ce que l’on a réussi à avoir pour soi. Appelons cela plutôt complexité. Aussi vertueuse soit-elle, la pensée écologiste est complexe, car elle oblige à tout considérer, dans le temps, l’espace et les disciplines de la connaissance. C’est possible à une échelle locale, quand on a l’objet face à soi, c’est virtuel, autrement. La pensée du FN est à l’inverse très simple en toute occasion : il faut revenir en arrière, faire comme avant, et c’est d’autant plus simple que ça ne mange pas de pain, vu que le FN n’a jamais exercé le pouvoir. Enfin, pas sous son habit actuel.
La victimisation, l’infantilisation, les deux mamelles de la France
Complexe, et gênant. L’avenir, demain, quoi qu’en dise, sera une remise en cause des piliers de notre mode de vie. De la voiture, du logement, de l’alimentation, de la consommation, des vacances. De tout ce pourquoi les gens se battent quotidiennement, parce que la société leur demande de le faire. Il faut consommer, consommer comme le voisin, rouler en voiture parce qu’il faut bien travailler en partant de la maison qu’on a achetée loin parce qu’elle était moins chère, pour un crédit épuisant qui ne trouvera de fin qu’à l’aube de la retraite, quand on l’aura. Et il faudrait que tous ces efforts fussent vains ?! Qu’ils fussent même le symbole de la gabegie d’une société toxique ? Renoncer à ce que l’on peine à obtenir n’est pas a priori le projet social le plus excitant.
La société de consommation n’a pas besoin de consommateurs solvables, mais de consommateurs frustrés. Les pauvres sont sa litière. Et ils sont nombreux : en gros, la moitié de la France qui gagne, net, à peu près le smic. Qui veut consommer comme les autres, pour maintenir son rang, et n’a pas envie qu’on lui dise que c’est mal, parce que consommer c’est la preuve qu’on n’est pas – encore – dans la misère. L’écologie politique est de fait pour la majorité des Français une alternative crédible, car elle promeut de consommer différemment, d’aménager les territoires différemment, de créer des emplois différents, selon des symboles sociaux différents, mais elle est inaudible ! Car quiconque refuse d’entendre le porteur de nouvelles qui le dérangent intimement. Le syndrome de la femme battue : la perspective d’une autre réalité fait plus peur que le triste quotidien auquel on s’est habitué, pour le rendre supportable. En particulier dans une société qui a érigé la victime en héros moderne. La victime est l’acteur principal infantile et déresponsabilisé de notre comédie humaine : ce qui lui arrive n’est jamais de sa faute, on aime la plaindre. C’est l’autre, le gouvernement, l’étranger ou le « Gaulois », le maire-qui-nous-avait-pas-prévenu-qu’on-construisait-en-zone-inondable ou le technocrate qui est à désigner. Pas le pauvre malheureux. Qu’on caresse comme un chien.
Et pourtant, l’écologie est si proche des gens…
La victime n’écoute pas le porteur d’espoir s’il a des allures de prédicateur. Or, les messagers de l’écologie politique continuent de manier un discours accusatoire, catastrophiste, technique, désincarné, maniant de grands principes, dénigrant l’idée de progrès, redoutant l’État, fustigeant les entreprises, promouvant la si lointaine l’Europe, l’amitié entre les peuples, la bonté intrinsèque de l’homme etc. ; un discours qui, promettant in fine la pénitence par la sobriété pour éviter, c’est pas sûr, la guerre pour l’eau ou le pétrole, sous un climat de canicule, n’est pas désirable.
Comment adhérer à une perspective de bouleversement qui fait plus peur que la peur de l’évidence de notre décadence ?
Il manque à l’écologie un récit alternatif à la fois à l’eschatologie judéo-chrétienne et à la culture du progrès issue des Trente glorieuses. Il lui manque de se débarrasser de l’utopie pour l’envie. Il lui manque de dire que son projet n’est pas écologique mais politique, parce qu’écologique : s’adapter au changement climatique, c’est se préparer à un cycle de l’eau altéré, à suivre précisément le trajet de la goutte de pluie entre le ciel et la rivière pour éviter qu’elle ne dévale trop vite vers la ville, à privilégier et préserver en conséquence les sols de qualité, qui sont des réservoirs, ainsi à interroger l’aménagement du territoire et les pratiques agricoles, c’est-à-dire l’organisation du foncier, et donc, la répartition des pouvoirs et leur nature même. Et l’on s’aperçoit alors qu’en parlant sols, on parle prix de l’immobilier et coût de la voiture, on remet en cause l’organisation de la prise de décision et l’écheveau politique, le pouvoir du maire et les attributions des découpages administratifs. On révolutionne pour le bien commun.
Avec quelques autres, j’ai participé à l’élaboration de ce Manifeste pour les sols, qui sera rendu public samedi 4 décembre. Lisez-le, téléchargez-le, faites-le passer,signez-le ! Ici aussi. Cette semaine sera en définitive celle des sols pour moi. J’ai reçu jeudi le prix « lanceur d’alertes », remis par le sénateur du Morbihan Joël Labbé, au nom de l’Association Française pour l’Études des Sols (Afes) et du Comité Parlementaire pour la Protection et l’Étude des Sols (CPPES). Émouvant de savoir qu’un livre, mon livre, a servi à quelque-chose. Et puis vendredi 4 décembre, j’ai causé sols chez Natacha Polony, avec Gilles Bœuf, Nicolas Vanier et Vincent Liegey, dans sa belle émissionPolonium…
Manifeste lancé par un regroupement d’acteurs issus de la société civile
(liste des signataires en fin de document)
à l’occasion de la « Journée mondiale des sols » du 5 décembre 2015,
de l’année 2015 déclarée « Année internationale des sols » par la FAO,
et de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21) de Paris (décembre 2015).
Les menaces auxquelles nous devons faire face
Les terres agricoles sont soumises à deux facteurs combinés de détérioration physique :
l’artificialisation par bétonnage, goudronnage, compactage et mitage (urbanisation éparpillée),
l’épuisement des sols : perte de fertilité par surexploitation agricole, érosion, désertification, salinisation, contamination, pollutions diverses.
La réduction croissante des surfaces qui en résulte, ainsi que la baisse de la fertilité des sols, a de graves conséquences à la fois économiques, sociales et écologiques :
augmentation préoccupante de la dépendance agricole et alimentaire de nombreux pays, du Sud comme du Nord, vis-à-vis des marchés internationaux,
baisse de la capacité des sols à stocker le carbone sous forme de matière organique et à lutter contre le réchauffement climatique,
augmentation du ruissellement de surface et des phénomènes d’inondations et d’érosions,
limitation des infiltrations pluviales, de la régénération des nappes phréatiques et de la filtration naturelle des eaux,
perte de biodiversité sauvage, cultivée et élevée,
perte de patrimoines paysagers qui façonnent profondément la culture des territoires.
Cette raréfaction globale des sols entraîne, par ailleurs, un effet induit très inquiétant. Il s’agit de l’accaparement des terres les plus fertiles par des acteurs privés, voire par certains États qui souhaitent s’assurer un accès durable à cette ressource vitale au-delà de leurs frontières. Ce phénomène accélère encore la perte de souveraineté alimentaire dans de nombreuses régions, avec toutes les conséquences que cela peut entraîner en termes de tensions sociales et géopolitiques.
L’ampleur du phénomène et la nécessité d’agir vite !
La France est fortement touchée même si, en apparences, on voit beaucoup de vert, de champs et de forêts entre chaque ville. Dans les faits, l’artificialisation a fait disparaître entre 40 000 et 90 000 ha de surfaces agricoles par an entre 2000 et 20141. Cela équivaut à la surface moyenne d’un département entier tous les 7 ans, à un stade de football toutes les 5 minutes, ou un potager de 25 m2 toutes les secondes.
Au niveau européen, les chiffres sont également très préoccupants. Entre 1993 et 2003, 770000 ha de terres agricoles ont disparu en moyenne chaque année (soit l’équivalent du département du Cher), ce qui rend l’Europe de plus en plus dépendante de l’extérieur sur le plan alimentaire. En 2008, le déficit entre import et export agricoles correspondait déjà à près de 20 % de la capacité de production de l’Union en termes de surfaces agricoles2.
À l’échelle mondiale, ce phénomène est encore plus inquiétant avec près de 20 millions d’hectares artificialisés par an selon les chiffres officiels de la FAO3. Ce gaspillage irréversible des sols affecte essentiellement les terres arables situées dans les plaines et les deltas où se concentre prioritairement l’urbanisation. En France comme ailleurs, l’urbanisation se fait toujours sur les meilleures terres qui entourent les villes historiques. Si ce rythme se maintient, 1,5 milliard d’hectares supplémentaires sera urbanisé au cours des 100 prochaines années, soit l’équivalent de la totalité des terres arables dont dispose actuellement l’humanité.
La disparition de ces vastes étendues, combinée à l’augmentation de la population mondiale, ne peut qu’encourager la multiplication des crises alimentaires qui touchent déjà de nombreux pays. Cela risque de fragiliser différents États, d’accélérer encore les stratégies d’accaparement de terres et d’amplifier les tensions géopolitiques qui menacent le fragile équilibre mondial. Selon le site international Land Matrix, près de 40 millions d’hectares seraient déjà accaparés dans le monde4, mais cette estimation serait incomplète selon certains experts français5 qui parlent de 80 millions d’hectare à ce jour.
Des solutions existent pour stopper ce gaspillage irréversible des terres agricoles :
Ce phénomène n’est pas inexorable. Depuis 1978, le Québec a mis en place la loi du zonage agricole et a délimité les zones réservées à l’agriculture de façon durable. Il faut préciser que ce vaste territoire dispose cependant d’un stock limité de terres arables essentiellement situées autour du fleuve Saint-Laurent où se développe l’urbanisation. Toute diminution de cet espace est depuis soumise à l’autorisation préalable d’une commission indépendante et décisionnelle dont l’action s’avère efficace. La surface agricole du territoire (6,3 millions d’hectares) n’a ainsi pratiquement pas diminué depuis 37 ans, ce qui n’a nullement empêché le développement économique et social du Québec.
Depuis 2012, la France a mis en place une mesure analogue dans ses collectivités d’Outre-mer soumises à une très forte artificialisation des terres agricoles. Cette politique volontariste donne déjà des résultats reconnus par les services d’État, la profession agricole, les élus locaux et les acteurs de l’environnement ultra-marins. Le taux d’artificialisation des terres agricoles a globalement été divisé par deux en moins de trois ans. Les pays d’Europe du Nord ont également adopté des mesures foncières courageuses et efficaces6. On observe ainsi que, là où il existe une réelle volonté politique de préserver les terres agricoles, les actions qui sont engagées donnent des résultats concrets. Il n’y a donc aucune fatalité dans ce domaine et les nations ont clairement le pouvoir d’agir.
Concernant la lutte contre l’épuisement des sols, les recherches et les politiques qui ont été mises en place dans différents pays pour y développer l’agro-écologie prouvent que celle-ci est une solution viable sur le plan agronomique, économique, social et environnemental. Le précédent Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation a précisé, pour sa part, qu’il s’agissait du seul modèle agricole capable de nourrir à long terme la population humaine.
L’accaparement des terres agricoles est, quant à lui, permis par le droit (et parfois l’absence de droit) foncier en vigueur dans chaque État. Il est également lié aux accords juridiques, financiers et commerciaux qui ont été mis en place à plus grande échelle. Les gouvernements ont donc la possibilité d’agir dans ce domaine au sein de leurs territoires respectifs et les institutions internationales (Banque Mondiale, FMI, OMC, ONU, organisations régionales…) doivent les appuyer sur ce point.
La FAO a déclaré 2015 comme « l’Année internationale des sols » afin d’alerter la communauté internationale sur les conséquences de leur disparition. Les scientifiques ont récemment démontré que leur préservation et l’augmentation de leur teneur en matière organique peuvent permettre de fixer d’importantes quantités de carbone atmosphérique. Cette fonction a le double avantage de lutter contre le dérèglement climatique et de favoriser la fertilité naturelle des sols. La prise de conscience de cette précieuse fonction doit amener son développement, en évitant toutefois que cela n’autorise le droit de polluer pour d’autres secteurs de l’économie par l’instauration d’un marché du carbone, ainsi que la multiplication des achats spéculatifs de terres dans les décennies à venir.
Les inondations qui se multiplient en France comme ailleurs, avec des conséquences dramatiques, peuvent également être combattues grâce à la préservation, voire à la reconquête, des sols perméables sur les surfaces bétonnées et bitumées. Leurs fonctions d’infiltration et d’éponge apparaissent clairement comme essentielles.
Nos dirigeants possèdent donc tous les arguments et tous les leviers pour agir dans ce domaine.
Les mesures à prendre d’urgence pour protéger les terres agricoles :
1) Mettre en place, dans chaque pays, des politiques de préservation foncière efficacespouvant s’appuyer sur l’expérience positive du Québec.
En France, le Président François HOLLANDE a pris des engagements clairs lors des conférences environnementales de 2012, 2013 et 2014, visant à « stabiliser l’artificialisation des terres agricoles d’ici 2025 » (soit dans 10 ans). Selon l’Observatoire national de la préservation des espaces agricoles, cette artificialisation reste cependant considérable avec près de 60 000 hectares par an à ce jour.
Face à ce profond décalage, nous demandons au Président :
de prononcer au plus vite un moratoire national afin de suspendre les projets d’urbanisation ou d’infrastructures en cours sur ces précieux espaces, de repenser l’aménagement du territoire et d’atteindre les objectifs fixés pour 2025,
de renforcer la démocratie locale et les procédures de concertation publique au sein des territoires, suite aux engagements pris par le Président de la République en novembre 2014 et aux travaux de la commission du Sénateur Alain Richard qui en ont découlé au printemps 2015.
2) Améliorer les pratiques agricoles dans le cadre de la transition agro-écologique en cours.
Les États peuvent agir en mettant en pratique les recommandations produites par le précédent Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation en décembre 2010 devant le Conseil des droits de l’Homme.
3) Bloquer les processus d’accaparement de terres au Sud comme au Nord.
Les États peuvent agir en se dotant d’outils de protection juridique réellement adaptés. Les grandes institutions (organisations régionales, ONU, Banque Mondiale…) doivent, quant à elles, accompagner cette évolution urgente du droit à l’échelle internationale.
Organisations à l’initiative de l’appel :
L’association Filière Paysanne (Bouches-du-Rhône)
Le collectif Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique)
L’association Novissen (Somme)
Le collectif Sauvegarde zone humide du TESTET (Tarn)
Le collectif Terres fertiles deSainte-Colombe-en-Bruilhois (Lot-et-Garonne)
Hubert Cochet : Professeur à AgroParisTech et titulaire de la Chaire Agriculture Comparée et Développement Agricole
Frédéric Denhez : Journaliste spécialiste des questions environnementales et auteur du livre « Cessons de ruiner notre sol ! » (Flammarion – octobre 2014)
Marc Dufumier : Agronome et Enseignant-chercheur français à la chaire d’agriculture comparée et de développement agricole à AgroParisTech qu’il a dirigée de 2002 à sa retraite en 2011
Robert Levesque : Ingénieur Agronome spécialiste des questions foncières et auteur du livre « Terre nourricière – Si elle venait à nous manquer » (L’Harmattan – décembre 2011)
Fédérations, coordinations et organisations nationales et internationales :
aGter (association pour contribuer à Améliorer la Gouvernance de la Terre, de l´Eau et des Ressources Naturelles)
Les Amis de la Confédération Paysanne
Les Amis de la Terre
Bio Consom’acteurs PACA-France
CCFD – terre solidaire
France Nature Environnement
Générations futures
Consommateurs pas cobayes !
La FNAB (Fédération nationale de l’agriculture biologique)
Mouvement pour le Désarmement, la Paix, la Liberté (MDPL)
Nature et Progrès
Réseau Environnement Santé
Réseau Foi et Justice Afrique Europe
Terre de Liens
Fédérations, coordinations et organisations locales :
Le CéDpa (Collectif d’élus Doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes)
L’ACIPA (Association de Défense des Exploitants Concernés par l’Aéroport)
Attac 44 et Réunion
Terre de Liens Limousin
GAB 44 (Groupement des agriculteurs biologiques)
Inter Comités 79 de soutien aux opposants à NDDL
M.N.L.E. Nord Pas-de-Calais (Mouvement National de Lutte pour l’environnement)
Non LGV Limoges-Poitiers – Oui au POLLT
SPLF 45 (Pour un Site Préservé entre Loire et Forêt)
AssociationSaint-Hilaire Durable (Gard)
Les Amis de la Confédération Paysanne Limousin
Le CEDRA (Collectif contre l’Enfouissement des Déchets Radioactifs)
LeCADE (Collectif des Associations de Défense de l’Environnement Pays basque – Sud des Landes)
Comité Sud Vilaine de soutien à la lutte de Notre-Dame-des-Landes
Non à Val Tolosa – Non aux Portes de Gascogne (Haute Garonne)
APAL (Association pour l’Aménagement du Larzac)
SCTL (Société Civile des Terres du Larzac)
SC GFA Larzac
Lien en Pays d’OC
Collectif COPAIN (Collectif des Organisations Professionnelles Agricoles Indignées par le projet d’aéroport / Loire-Atlantique)
L’Amap de Mazerolles de Sucé-sur-Erdre
NON A L’AUTOROUTE A28-A13
Comité NDDL Savoie
Coordination des Opposants au Lyon Turin
Le Collectif pour la défense des terres malgaches – TANY
Vivre et Agir en Maurienne
Nonant Environnement
FNE Hautes-Pyrénées (France Nature Environnement)
Agir pour Istres du Ranquet à Entressen
l’AVERN (Association membre de France Nature Environnement agréé pour la protection de l’environnement sur l’Eure-et-Loir)
Association La PRESLE (Eure-et-Loir)
Association Quatre rives (Vaucluse)
Verger de Sauvegarde de Nort-sur-Erdre
Association Actival (65)
Association Pilavenir 42
Association MALTAE (83)
Collectif des Ecocitoyens Marnais Indépendants et Solidaires (51)
Europe Écologie les Verts (National,Haute-Normandie, Pays-de-la-Loire, Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Vaucluse)
Faisons ensemble
Le Front démocrate, écologiste et social
Nouvelle Donne
Le Rassemblement Citoyen Cap 21 (National et Morbihan)
Rezé à Gauche toute !
La Région Coopérative, sociale, écologiste et citoyenne (Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Vaucluse – soutenue par EELV, le Front De Gauche, la nouvelle gauche socialiste et des citoyens engagés)
Solidarité Écologie (Chapelle-sur-Edre)
Union des Démocrates et Écologistes
Élus et responsables politiques nationaux et européens :
Brigitte Allain : Députée de Dordogne
Isabelle Attard : Députée du Calvados
Jean-Luc Bennahmias : Président du Front démocrate, écologiste et social
Jean-Luc Bleunven : Député du Finistère
José Bové : Député européen
Emmanuelle Cosse : Secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts
Yves Daniel : Député de Loire-Atlantique
Karima Delli : Députée européenne
Joël Labbé : Sénateur du Morbihan
Pierre Larrouturou : Ingénieur agronome et Porte-parole national de Nouvelle Donne
Corinne Lepage : Présidente de Le Rassemblement citoyen – Cap21
Christophe Madrolle : Secrétaire général du Front démocrate, écologiste et social
Noël Mamère : Député-Maire de Bègles
Paul Molac : Député du Morbihan
Michèle Rivasi : Députée européenne
Mathilde Théry : Coresponsable de la commission agriculture et ruralité d’Europe Écologie Les Verts
Élus et responsables régionaux et départementaux :
Bernard Péré : Conseiller régional Aquitaine, Président de la commission Agriculture et agroalimentaire
Maryvonne Boileau : Conseillère régionale Rhône Alpes, Conseillère municipale de la ville de Grenoble
Vincent Dulong : Conseiller régional des Pays de la Loire, Conseiller Municipal de la Ville d’Angers
Christophe Dougé : Conseiller régional des Pays de la Loire, Maire de la Boissière-sur-Evre
Christelle Cardet : Conseillère régionale des Pays de la Loire
Maël Rannou : Tête de liste EELV Mayenne en région des Pays de la Loire
Dominique Lebreton : Membre du Conseil économique social environnemental des Pays de la Loire au titre de la Confédération Paysanne
Daniel Ramponi : Conseiller régional des Pays de la Loire, Premier vice-président de la Commission Culture, sports, citoyenneté et éducation populaire
Michel Perrier : Conseiller régional des Pays de la Loire
Geneviève Lebouteux : Conseillère régionale des Pays de la Loire
Claudine Goichon : Conseillère régionale des des Pays de la Loire, Vice-présidente de la commission Aménagement du territoire et Environnement
Philippe Chesneau : Conseiller régional Provence-Alpes-Côte-d’Azur
Marie Bové : Conseillère régionale Aquitaine
Joseph Boussion : Tête de liste de Faisons ensemble pour les élections régionales en Aquitaine Limousin Poitou – Charentes
Joëlle Remoissenet : Conseillère régionale des Pays de la Loire
Gérard Leras : Vice-président à la politique foncière Rhône-Alpes
Guy Benarroche : Secrétaire régional EELV PACA et élu municipal à La Bouilladisse
Philippe Chesneau : Conseiller régional Provence Alpes Côte d’Azur, délégué à l’économie responsable
Claudie Boileau : Conseillère régionale des Pays de la Loire
Sandrine Rousseau : Vice-présidente du conseil régional Nord-Pas-de-Calais, Tête de liste aux élections régionales de 2015 et Porte-parole nationale d’Europe Écologie Les Verts
Serge Marolleau : 3e de liste de la Région Coopérative en Vaucluse pour les régionales de PACA
Cédric Buguel : 3e de liste dans l’Orne aux élections régionales pour Normandie écologie.
Jean-Pierre Onseta : Vice-président du Conseil Régional de Midi-Pyrénées et ancien Vice-président du Parlement Européen
Élus et responsables politiques locaux :
Patrick Allain : Conseiller municipal des Sorinières (44)
Jean-Louis Calmettes : Conseiller municipal de Decazeville (12)
Mireille Holowan : Conseillère municipale, membre de la commission Aménagement du Territoire de la communauté de communes d’Erdre & Gesvres – Grandchamps-des-Fontaines (44)
Yves Guyot : Adjoint à l’urbanisme déplacements et environnement à Hennebont (56)
Etienne Lechat :Conseiller municipal – 44800 St-Herblain
Alain Massé : Élu à Saint-Malo-de-Guersac (44)
délégué à la CARENE (Saint-Nazaire- agglomération)
Jean-Paul Tual :Élu municipal Parti de Gauche – Front de Gauche à Rennes (35)
Nadine Kassis : Porte parole EELV Abers Iroise (29)
Béatrice Bernard Chamson : Adjointe au Maire de Saint-Hilaire-de-Brethmas et Déléguée communautaire de l’agglomération du Grand Ales (30)
Benoit Brulin : Conseiller municipal de Javerdat (87)
Bernard Crozel : Conseiller municipal de Grand’landes (85)
Jean-Paul Naud : Maire de Notre-Dame-des-Landes (44)
Béatrice Bernard Chamson : Adjointe au Maire de Saint-Hilaire-de-Brethmas (30)
Jacques Dalibert : Maire de La Chapelle-Launay (44)
Pascal Barbier : Conseiller municipal de Plaisance-du-Touch (31)
Michel Quiron : Conseiller municipal – Saint-Etienne-de-Montluc (44)
Cédric Soufflet : Conseiller municipal de Montflours (53)
Ambroise MAZAL :conseiller municipal de Digne-les-Bains, vice-président de la communauté de communes Asse Bléone Verdon (04)
Anne Loubriat : Adjointe à l’environnement à la mairie du Passage-d’AGEN (47)
Jean-Luc Manceau : Conseiller municipal de Montigny-le-Bretonneux (78)
Maryse Combres : Conseillère municipale de Sainte-Colombe-en-Bruilhois (47)
Hervé Menchon : Conseiller des 6e et 8e arrondissements de Marseille (13)
Valérie Feltesse : Conseillère municipale de Villebadin (61)
Michel Mery : 2ème Adjoint de Macé (61)
Franck Nicolon : Conseiller municipal et communautaire à Clisson (44)
Colette Courteaud : Conseillère municipale de Oinville sur Montcient (78) et Présidente CMR 78
Élisabeth mosser : Conseillère municipale à Orges (52)
Acteurs de la société civile et acteurs militants :
Mamy Rakotondrainibe : militante contre l’accaparement des terres et présidente du Collectif pour la défense des terres malgaches – TANY (Paris)
Edwige Loumiere : membre du collectif Vigilance aéroport opposé au projet (44)
Anne-Lise Millan-Brun : administratrice bénévole du réseau Amap Ile de France (75)
Valérie Bost: paysanne BIO à Viron (79)
Jutta Dumas : présidente de l’association Présences des Terrasses de la Garonne à Plaisance-du-Touch (31)
Claude Taton : membre de l’ACIPA et de Saint Hilaire Durable (30)
Rémy Coulet : président de l’association St Hilaire Durable (30)
Michel Loquet : ancien président de la Chambre d’Agriculture 44 et membre de la Commission agricole PS44
Jacques Carroger : viticulteur, membre de la Commission agricole PS44
Gerard Poisson : paysan, membre de la Commission agricole PS44
Dominique Michenot : paysan en retraite, membre de la Commission agricole PS44
Premiers citoyens :
Guylaine Arnould Duma – Le Plessis-Grammoire (49)
Jean-Claude Bézier – Vigneux-de-Bretagne (44)
Jean-Christophe Robert – Marseille (13)
Joseph Bonnet – Thouaré-sur-Loire (44)
Isabelle Bozzani – Seiches-sur-le-loir (49)
Michel Collin – Magné (79)
Marie France Costantini – Saint-Jean-de-Boiseau (44)
Qu’est-ce que m’inspire la Cop21, m’a demandé l’excellent quotidien La Voix de l’Ain ? Et bien ce que je ressens à force de parler avec des gens : le climat, c’est de l’eau, l’eau, c’est des sols, les sols, c’est le foncier, le foncier c’est le pouvoir…
La Révolution par le climat !
J’écris ce texte au moment où j’apprends la mort de Hugo, le fils de mon copain Stéphane Sarrade, ce texte lui est dédié.
Il est mort à 23 ans d’une balle dans l’aine venue tout droit du canon d’une kalachnikov tenue par un gamin sans doute pas plus âgé que lui. Un gamin de chez nous, qui revenait d’une région du monde où, d’après la revue Nature Climate Change, les conditions de vie seront tout simplement impossibles à la fin de ce siècle. Elles le sont déjà, certes, mais là on parle de conditions de vie physiologiques. Au-dessus de 35 °C, écrivent les chercheurs, le corps humain n’en peut plus avant longtemps. C’est la limite de viabilité de la machine. Il a fait 81 °C un jour de 2003 en Arabie saoudite. Le 31 juillet dernier, on a mesuré un bon 75 °C au sud de l’Iran. Au lieu des 45 °C habituels. Et bien en 2100, ce sera cela tous les jours de l’été.
Tant mieux pour l’Arabie saoudite, épouvantable régime assassin à l’origine du salafisme, du wahhabisme, et de l’idéologie mortifère qui anime les refoulés massacreurs de la semaine dernière ; tant pis pour le Moyen Orient, un des berceaux du néolithique et des premières civilisations de l’histoire. Et pour nous ? De cette région invivable, où la demande agricole ne peut qu’augmenter, nous arriveront des flots de migrants attirés par notre bonne fortune.
Notre bonne fortune, oui, car si le réchauffement climatique ne fait qu’accentuer l’existant, c’est-à-dire la sécheresse là où elle sévit déjà, si elle va affecter en conséquence tout le Moyen-Orient, le Maghreb, la bande sahélienne, le Soudan, l’Éthiopie et le bassin du Congo ; si elle va à l’inverse inonder le Bangladesh et toute la côte occidentale de l’Asie du sud-est ; il ne devrait pas beaucoup affecter nos conditions de vie.
Nous avons le bonheur de vivre sous un climat tempéré, celui qui, historiquement, jetez un œil sur une carte, a fait la puissance des nations d’aujourd’hui. Ni trop chaud, ni trop froid. Ni trop sec, ni trop humide. Tempéré, quoi… Un tempéré qui sera plus sec en été, plus doux en hiver, à mesure que nos pays descendent vers le sud. Mais un tempéré riche, car nos sociétés, en dépit de la Crise, le sont toujours. Un tempéré technologique, scientifique, culturel, civilisé.
Il n’y a donc pas lieu de bien s’inquiéter. À condition que l’on se prépare à vivre dans un autre monde, où le tempéré le sera moins, où les ressources naturelles seront moins abondantes. Où, surtout, l’eau, nous causera des problèmes.
L’eau ? Oui, l’eau. Nous n’en manquerons jamais, simplement sera-t-elle plus capricieuse. Elle l’est déjà. N’avez-vous pas remarqué qu’elle commence à nous manquer, en été ? Qu’elle tombe moins souvent sous forme de neige, en hiver ? Que lorsqu’elle s’abat sur nos villes, en automne et au printemps, c’est en deux jours ce qu’elle faisait en un mois, au point de faire sauter les plaques d’égouts ? Que les rivières sont en étiage chaque année plus tôt ? Qu’elles débordent plus violemment ? L’eau du ciel est plus variable, moins prévisible.
Or, entre l’eau du ciel et nous, il y a le sol. Il y a son trajet entre l’air et la rivière. Il y a sa célérité à aller de l’un à l’autre. Il y a donc ce sur quoi elle tombe. Est-elle absorbée par une prairie ? Dévale-t-elle un parking ? Fait-elle « splatch » sur une lame de battance ? Notre adaptation au réchauffement climatique, c’est tout simplement cela : le trajet de la goutte d’eau.
Le réchauffement affecte d’abord le cycle de l’eau. Et l’eau disponible dépend de l’usage que nous faisons de nos sols. Donc de notre aménagement du territoire et de notre façon de travailler les terres agricoles. Nous adapter aux nouveaux caprices de l’eau nous oblige ainsi à revoir la qualité et la quantité des sols lui étant favorables. C’est-à-dire à mettre en question à la fois nos itinéraires agricoles, et… nos régimes fonciers. Autrement dit le droit de propriété tel qu’il existe en France.
Le réchauffement interroge in fine l’organisation de nos territoires, la culture collective du paysage, rural et urbain. L’idée même que nous avons de la Nation. Et cela a déjà démarré : mine de rien, sans s’en rendre compte, élus et techniciens ne contredisent plus l’idée de penser l’avenir de façon transversale, politiquement et thématiquement. De penser l’eau à l’échelle d’un bassin, d’une rivière, en même temps que le sol. Ce qui signifie oublier la commune, penser le sol comme un bien commun, consulter le citoyen et éliminer les chevauchements administratifs.
Le réchauffement climatique, c’est en fait la redécouverte de la démocratie, et une redéfinition de la République. Une façon de terminer enfin la Révolution.
Hugo, 23 ans, était le fils de mon copain Stéphane Sarrade. À sa demande, je diffuse le texte qu’il a écrit en mémoire de son garçon, abattu au Bataclan. Stéphane m’a dit, « N’oublie jamais de dire à tes enfants combien tu les aimes ». Oui, chers lecteurs et lectrices, n’oubliez jamais. Jamais.
Hugo, mon fils était allongé, un drap blanc remonté jusqu’aux épaules. Il dormait, son visage était serein et magnifique, rayonnant comme celui d’un jeune adulte de 23 ans. Je me suis surpris à imaginer de quoi allait désormais être peuplé ses rêves : de Rock au Bataclan et d’informatique, de l’amour de son amie Lise, de celui de sa famille et de ses amis. J’ai dû à regret quitter cette pièce froide comme la mort, où séparé de mon fils par une vitre, je venais lui dire l’amour de sa mère et de tous les êtres qui avaient croisé sa jeune vie.
Les cris de douleurs de la centaine de familles rencontrées à l’institut médico-légal résonnent encore dans ma tête. Les yeux rougis des volontaires de la croix rouge, de la protection civile et des fonctionnaires que nous avons croisés, témoignent aussi de leur engagement et de leur empathie.
Je ne connais par les personnes qui ont pris la vie de ces jeunes adultes. Je n’ai pas de haine pour vous car il n’est possible de haïr que des êtres humains. Par vos actes, vous êtes à jamais déchu de cette condition humaine. Vous souhaitez le chaos et la division du peuple français en vous servant de Dieu comme alibi alors qu’il ne vous demande pas de générer cette ignominie. Je pense d’ailleurs à vos parents qui vivent à cet instant la perte d’un enfant qui s’est transformé en bourreau. Sachez de toute façon vous n’aurez ni notre haine ni notre dignité. Il peut être fort celui qui abat, mais il est encore plus fort celui qui se relève.
De jours sombres s’annoncent, pour accompagner Hugo dans son denier lieu de repos. Et puis il y aura après. Quel monde avons-nous à créer pour cette génération de jeunes adultes et pour le petit frère de Hugo, citoyen du monde ?
D’une part, jamais nous ne devrons succomber à la tentation du repli nationaliste et de l’extrémisme. D’autre part sortons de cette naïveté de croire que l’homme est foncièrement bon et naturellement enclin à aimer l’autre. Dans le monde réel, Il faut combattre l’obscurantisme, l’illettrisme, le dogmatisme, le racisme sous toutes ses formes et dans tous les sens. Sous prétexte d’être le pays de la tolérance, nous ne devons pas accepter que s’exprime librement l’intolérance. Il ne faut plus tolérer des agissements et des mouvements de haine qui peuvent conditionner les plus jeunes et les plus faibles d’entre nous. Hugo se moquait parfois de moi parce que j’avais fait mon service militaire. Cela lui semblait étrange et surréaliste. Pourtant c’est lui qui avec tant d’autres sont morts pour la France, parce qu’ils étaient Français. Ce qui va me hanter, c’est que parmi les lâches qui les ont assassiné, il y avait des français. Quel sens à donner à tout cela ?
Hugo n’avait rien d’exceptionnel à part le faire pour sa mère et moi d’être notre fils. En 23 ans il n’a jamais proféré un seul mot raciste ou violent. Avec une adolescence compliquée par la séparation de ses parents, les premiers amours, les choix d’études il se sentait dans le doute et l’angoisse. Nous étions au Japon tous les deux en 2011 et il m’avait dit combattre ses démons et mon amour était impuissant à l’aider. Il m’avait dit qu’il devait avancer et que le jour où il se sentirait libéré de tout cela il se ferait tatouer sur la poitrine les 2 kanji qui forment le mot « Liberté » en japonais.
Fin octobre 2015, il est rentré de vacances du japon et a passé la soirée chez moi à Paris. Tard dans la soirée il nous a montré les 2 kanji sur sa poitrine. C’est la dernière fois que je l’ai vu et son merveilleux message a été de me dire : Papa, je suis libre et prêt à avancer dans la vie.
La police m’a expliqué que Hugo a pris une balle dans l’aine. Sans vraiment comprendre pourquoi, j’ai pensé au poème de Arthur Rimbaud « le dormeur du Val ».
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Repose en paix Hugo, ta mère, ton frère, ta belle-mère, tes grands-parents, tes oncles et tantes, tes cousines et tes nombreux amis te garde à jamais dans le cœur.
Dors sous le soleil mon fils, mon bébé, mon ami et mon confident. Que tes rêves éternels soient peuplés d’espoirs et d’étoiles.